Dans un précédent article je vous parlais de comment mon conjoint est devenu père avec notre premier enfant.

J’ai pris avec mon fils ma place de mère sans encombre. Mais pour ma fille ça a été plus compliqué.

Je vais vous parler de ce combat pour ma fille qui j’espère vous inspirera ou vous parlera.

Ça a démarré déjà dès l’annonce de ma grossesse. L’arrivée d’Eloïse était une surprise, elle était désirée mais plus tard. Notre mariage était prévu 5 mois plus tard, nous venions de déménager, lorsque j’ai été prise de douleurs qui ressemblaient étrangement à des contractions. C’est comme cela que j’ai découvert notre invitée surprise.

Nous étions un peu bredouilles mais heureux de cette nouvelle. Cette enfant avait déjà du caractère puisqu’elle était arrivée quand elle l’avait décidé.

Pour notre deuxième enfant, nous avions décidé que je l’allaiterais. Nous avions fait le choix pour notre premier de ne pas allaiter, et nous ne le regrettions pas, mais je voulais connaître l’allaitement, vivre cette expérience.

A l’échographie du 5ème mois, le gynécologue, de manière très bienveillante, nous a annoncé que notre fille avait une malformation, une fente labiale, plus vulgairement « bec de lièvre ». C’est là qu’a commencé une série de questions, d’angoisses et d’examens médicaux. Il fallait vérifier que la malformation était isolée et donc bénigne. Parmi les angoisses plus flippantes les unes que les autres, une prédominait « est-ce que je vais pouvoir l’allaiter ? ». Je ne voulais pas de troisième enfant et il me tenait vraiment à cœur d’allaiter ma fille. Autour de moi, alors que pour mon premier l’allaitement était sacralisé, on dédramatisait : « ce n’est pas grave, l’allaitement n’est pas une obligation ». Pour moi c’était dramatique ! Car c’était mon choix et que je voulais aller au bout.

La grossesse s’est poursuivie sans problèmes particuliers. De mon coté je me renseignais sur l’allaitement et prenais conseil auprès du groupe Facebook de la Leche League France, que j’avais rejoint dès l’annonce de ma grossesse. Je me nourrissais des témoignages et conseils que j’y trouvais. Je demandais conseil pour mon cas particulier et reçu de nombreuses lectures qui me permirent de préparer au mieux mon allaitement.

A 1 mois de vie, nous avions rendez-vous à Montpellier avec la chirurgienne qui allait ensuite opérer ma fille. Là, ce fut le début de la fin. La chirurgienne me prévint que ma fille devrait avoir une alimentation diversifiée avant l’opération. Je l’informais alors que je comptais l’allaiter le plus longtemps possible. Déstabilisée, elle me répondit qu’elle n’avait pas l’habitude des mamans qui allaitaient car d’habitude elles ne pouvaient pas, mais que de toute façon il faudrait arrêter l’allaitement quinze jours après l’opération. Complètement paniquée je lui expliquais que quinze jours d’arrêt signifiait l’arrêt de mort de l’allaitement. Elle concéda alors à diminuer à cinq jours. Cela suffit à me rassurer.

J’ai habituellement confiance en le personnel médical, trop peut-être.  Mais cette fois, je décidais en accord avec mon mari, de ne pas obéir. Ma fille serait diversifiée, si et seulement si, elle le décidait. 

Le jour de l’opération arriva. Je passai la nuit avec ma fille afin de la faire téter le plus tard possible (elle devait être à jeun quelques heures avant l’opération). Une dernière tétée pour la rassurer, lui dire que je l’aimais et que tous se passerait bien.

Lorsque la salle de réveil m’appela, j’entendis ma fille hurler. Je me dépêchais d’y aller, soutenue par mon mari qui malheureusement ne pouvait que patienter. Ma fille était paniquée, elle s’était réveillée au bloc. Elle était frigorifiée, je demandais à la réchauffer. Et j’avais déjà envie de lui offrir une tétée. Mais je n’en avais pas le droit, cela m’a été interdit.

Je commençais à me demander comment j’allais faire. Mon bébé de 6 mois n’avait le droit ni a la tétine ni au biberon ni au sein ni à son doigt ni au notre. Elle était si petite, si paniquée, comment l’aider ?

Nous dérogeâmes une première fois à la règle en lui offrant le plus délicatement possible, notre petit doigt. Cela la calma mais ne suffit pas. Je vis son regard déchirant qui ne comprenait pas pourquoi. Pourquoi elle avait des fils partout, et pourquoi je ne lui donnais pas la tétée. Mon cœur agonisait. Je me connectais sur Facebook et lançais un appel à l’aide à la Leche League. « Aidez-moi, n’ai-je vraiment pas le droit de l’allaiter ? » et je reçus des dizaines de messages encourageants qui m’affirmaient que j’en avais le droit. Documents à l’appui. C’est à ce moment là que je suis devenue mère de ma fille. J’ai décidé, avec le soutien inconditionnel de mon mari, de désobéir à la chirurgienne. Moins de 24h après l’opération, je me cachais dans les toilettes pour allaiter ma fille, mon mari faisant le gai car les puéricultrices et sages-femmes entraient dans la chambre régulièrement, étaient peu commode voire plutôt virulentes. Je ne dis rien à personne si ce n’est à Sophie ma sage-femme et mes amies proches. « Si un fil pète, je ne veux pas que l’on me rende responsable. » De mon côté je tentais toujours de faire « céder » la chirurgienne pour ne plus avoir à me cacher. Je lui parlais des bienfaits cicatrisants du lait maternel. Elle me rit au nez en demandant confirmation à une puéricultrice. Je compris qu’il n’y avait rien à faire. J’étais désarmée. Il est très éprouvant d’aller à l’encontre d’une décision médicale. Et ce n’est pas dans mes habitudes.

Le lendemain de notre sortie, je constatai que les conformateurs qui avaient été posés à ma fille (deux tuyaux dans le nez pour ne pas que les narines se déforment) la gênaient et semblaient lui faire mal. Nous avons contacté l’hôpital par mail (photos à l’appui) et par téléphone mais ils ne voulaient rien entendre, « tout est normal, on ne doit pas y toucher ». Par ailleurs notre entourage nous confirmait qu’il fallait écouter les médecins et que c’était probablement normal. Je me suis senti devenir folle, je ne supportais pas de la voir comme ça, mais je ne trouvais de soutiens nulle part, pas même auprès de mon mari qui pourtant à toujours été un soutien puissant. Je crois qu’il se rendait compte que ce n’était pas normal mais qu’il se sentait impuissant, incapable d’aller à l’encontre de la parole de la chirurgienne.  Absolument meurtrie de voir ma fille souffrir, je décidai de prendre mon courage à deux mains et de contacter le Dr Saboye[1], chirurgien spécialisé en fente labio-palatine, qui à ma grande surprise accepta de nous recevoir le jour même. Ce fut la délivrance pour elle et pour moi. Il constata l’aberration du conformateur, lui enleva et lui en mis un bien plus physiologique. Il me confirma la bonne décision d’avoir choisi d’allaiter en cachette et me rassura « si un fil doit casser il cassera avec ou sans allaitement ». Je suis ressorti de ce rendez-vous tellement soulagée, au bord des larmes. Notre calvaire, mon combat de quelques jours pour ma fille, pour son bien-être, cessait enfin. Et ce n’était que quelques jours. Je n’ose imaginer les parents qui vivent cela des semaines voire des mois ou des années…

Cette histoire a été éprouvante mais si je dois en tirer quelque chose de positif, c’est que je suis fière d’avoir eu le courage de me battre pour ma fille. Nous ne sommes pas toujours écoutées comme on le devrait. Aujourd’hui, parce que je me suis fais violence pour aller à l’encontre de mes principes (faire confiance aux médecins), ma fille est suivie par un chirurgien extraordinaire et j’ai pris confiance en mes choix de mère.

[1] Dr Saboye est situé à Toulouse près du pont des demoiselles. Le docteur Saboye encourage l’allaitement post-opératoire dès la sortie du bloc. Il considère l’allaitement comme la meilleure kinésithérapie à offrir à l’enfant. Il est d’une bienveillance extrême.

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